L’auto investigation par Swami Ramanagiri

Traduction d’après l’article du blog de David Godman

Swami Ramanagiri est né dans une famille aristocratique de Suède en juin 1921 et s’appelait alors Peer Wertin. Dans sa jeunesse, il rencontra le Raja Yoga de Swami Vivekananda, avec lequel il découvrit qu’il avait de grandes affinités.
Il arriva en Inde en 1945 avec une bourse d’études de 2 ans pour étudier la philosophie à Bénarès, mais l’objectif principal de son voyage était de trouver un enseignant compétent pour l’aider à progresser dans ses pratiques yogiques.

Il rencontra un maître à Bénarès et finit par abandonner ses études et renoncer à sa fortune personnelle, pour prendre l’initiation du sannyasa (statut en Inde de celui qui renonce à la vie mondaine).
En 1949, il alla à Tiruvannamalai rencontrer Sri Ramana Maharshi pour la première fois, et senti une attirance immédiate pour l’atma-vichara (l’investigation permanente sur la nature ultime de sa propre réalité intérieure, ou encore « l’auto-investigation« ), la voie de Ramana (le « Qui suis-je ? »). Il pratiqua cette méthode pendant 40 jours en présence de Ramana, et fut récompensé le jour de la fête de Shivaratri en 1949 par une expérience directe du Soi. Il disait à propos de cet événement « ce jour-là je suis devenu un idiot ». Ensuite, il parlera toujours de lui à la troisième personne en disant « cet idiot » (« this fool » en anglais).

Il avait sa propre façon de pratiquer « l’auto-investigation » (atma-vichara) : combinant le classique « Qui suis-je ? », la respiration contrôlée (pranayama), un peu de « ni ceci, ni cela » (neti-neti), et certaines visualisations imaginatives :

Notre mental est le plus grand escroc au monde. Il trouvera toujours des milliers de raisons pour faire ce qu’il veut. Il y a 3 manières de gérer cette escroquerie, qui n’est autre qu’un paquet de pensées qui s’insinuent dans le mental conscient :

– la première est de le traiter en ami et de lui donner entière satisfaction. C’est long et fatiguant parce qu’il n’est jamais satisfait ;

– la deuxième consiste à le traiter en ennemi et à essayer de toutes ses forces de s’en débarrasser. Ceci n’est possible que par la grâce divine, parce que le mental possède 2 armes très puissantes : l’intellect discriminant et l’imagination. Ces deux-là sont capables de convaincre Dieu lui-même que du noir est blanc ;

– la troisième voie est celle qui fut enseignée par Sri Ramana, les jours de silence au pied de la montagne sacrée Arunachala. Cette méthode, qui est celle que ‘cet idiot’ a adoptée, consiste à traiter le mental comme un patient, ou plutôt comme plusieurs patients qui viennent voir le médecin à propos de leurs divers maux respectifs.

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Montagne sacrée Arunachala à Tiruvanamalai en Inde

Le médecin recevant 20 patients :

Exactement comme un médecin reçoit dans son cabinet différentes sortes de malades, imaginez-vous assis dans la grotte sacrée du Coeur en consultation avec les différents patients-pensées. Vous savez qu’un malade aime pouvoir parler pendant des heures pour se plaindre. De même une pensée aime à se répandre, mais le docteur coupe toujours la parole, en disant « Très bien. Vous prendrez ce médicament. Merci beaucoup. » Et puis il appelle le patient suivant. C’est ainsi que ‘cet idiot’ (Sri Ramanagiri) décida de méditer.

D’abord cet idiot ralentit sa respiration autant que possible, mais tout en restant dans une zone de confort. Pour lui, 2 respirations par minute est le bon rythme, mais ce n’est peut-être pas possible pour vous, parce que lui a pratiqué depuis longtemps. Vous serez peut-être capable de ralentir votre rythme à 8-10 respirations par minute au début. Ne restez pas à un niveau où vous n’êtes pas confortable, parce que cet inconfort entraînera la venue de pensées.

Cet idiot décida de recevoir 20 patients par jour avant de fermer le dispensaire du Coeur.
Il appelle « Numéro 1 ! » et attend que le patient-pensée entre. Le patient dira : « Il y a ceci et cela ne va pas. Mr Untel est inquiet. »
Alors ce docteur idiot dit « Oh, vous êtes Numéro 1. Très Bien. Le nom du Dieu Murugan vous soignera. Merci beaucoup. »

Puis il appelle le Numéro 2, et attend que ce deuxième patient entre dans la pièce : « Mr Machin recevra probablement l’illumination dans cette vie », dit-il. « Très bien. Vous êtes Numéro 2. Vous savez, le monde entier reçoit des bienfaits lorsqu’une seule âme devient libérée. Merci beaucoup. »

Numéros 3, 4, 5 … et ainsi de suite sont reçus de la même manière. Quand tous les 20 patients sont passés, le docteur ferme la pièce du Coeur, et plus personne n’est autorisé à y entrer.
Maintenant il se retrouve seul. C’est le moment de l’auto-investigation (atma-vichara) :

1- Il se pose la question : « A qui sont arrivées toutes ces pensées ?« . Il répète 3 fois lentement la même question, pendant les expirations.
2- Puis , toujours aussi lentement, il répond : « A moi, à moi, à moi ».
3- « Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? ».
Toutes les questions et réponses sont répétées 3 fois, très lentement.
4- « Ce « je » n’est pas une pensée. Ce « je » n’est pas une pensée. Ce « je » n’est pas une pensée. »

5- « Alors qui est le receveur de la pensée ? Alors qui est le receveur de la pensée ? Alors qui est le receveur de la pensée ? »

Photo de Sri Ramanagiri qui est accrochée dans le temple de son samadhi en Inde (© blog de David Godman)

6- « Je, je, je ». Maintenant le mental est centré dans la source elle-même.

7- « Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? ».
Maintenant la respiration prend fin et l’attention est concentrée à 100% sur le son des battements du cœur, comme si ce son allait donner la réponse à nos questions. Ce n’est rien d’autre que le pranava lui-même (le souffle créateur).
Si à ce moment, la shakti (énergie vitale) qui est jusqu’alors statique, entre en mouvement et devient dynamique, une transe peut commencer.
Si l’énergie primordiale monte jusqu’à l’espace entre les sourcils, un état d’absorption intérieure profond (savikalpa samadhi) se produira.
Si l’énergie, atteint le haut du crâne, l’état ultime sans manifestation (nirvikalpa samadhi) se produira, ce qui n’est autre que le Soi lui-même.

Cependant, il faut aussi savoir que même si le docteur a fermé la porte du dispensaire, des patients peuvent venir et essayer de voir à l’intérieur par la fenêtre, pour pouvoir se plaindre de leurs maux. Au début de l’auto-investigation, nombreux sont les patients à la fenêtre. De même, bien que l’entrée de la cave du Cœur soit fermée, des pensées peuvent arriver au moment de la méditation (dhyana) :

Par exemple, une pensée peut venir dire : « Le canal central (sushumna nadi, méridien d’énergie subtile entre le coccyx et le haut du crâne) de Mr Iyer s’est ouvert ». Mais puisque le patient ne s’est pas présenté aux horaires d’ouverture, le médecin ne le reçoit pas.
Au lieu de cela, il continue l’investigation :
1- « A qui est arrivé la pensée sur Mr Iyer ? A qui est arrivé la pensée sur Mr Iyer ? A qui est arrivé la pensée sur Mr Iyer ? ».
2- « A moi, à moi, à moi ».
3- « Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? Alors qui suis-je ? ».

C’est ainsi qu’en toute humilité, cet idiot a tenté de raconter comment il essaie de s’établir dans l’expérience de la félicité (ananda), qui n’est pas différente du Soi lui-même.

 

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